L’histoire de chant pour tous

A l’origine de chant pour tous, il y a avant tout l’oeuvre de Bobby McFerrin. Souvent connu pour « Don’t worry be happy », trop rarement pour ses talents exceptionnels d’improvisateur, sa virtuosité, son humour et sa générosité, ce chanteur hors du commun a révolutionné le chant a cappella au début des années 80, en explosant les limites de la voix en tant qu’instrument de musique, ainsi qu’en plaçant le public au coeur du spectacle, entraînant des milliers de personnes dans ses improvisations polyphoniques délirantes. C’est lui qui a popularisé les « CircleSongs » et inspiré des chanteurs et vocalistes du monde entier à complètement repenser leur façon d’utiliser la voix.

Parmi les nombreux chanteurs marqués par Bobby McFerrin, deux lyonnais, Gaël Aubrit et Simon Reina Cordoba, se sont lancés dans l’aventure de l’improvisation non-verbale a cappella. Ils ont d’abord créé un groupe et testé les possibilités et limites de l’improvisation, avant de s’essayer à leurs premiers concerts qui ont été accueillis par une écoute, une joie et une réactivité inattendues. Assez rapidement, l’énergie ressentie en faisant chanter en choeur et même improviser le public a été telle que Gaël a souhaité consacrer un projet à part entière à cet échange. Il a ainsi imaginé des séances à mi-chemin entre concert, atelier et scène ouverte, où tout le monde pourrait venir chanter et improviser ensemble. Le premier « chant pour tous » a eu lieu à Lyon le 16 mars 2012.

CPTARSDe mars 2012 à juin 2013, une vingtaine de chants pour tous ont été organisés par Gaël et Simon dans différents lieux lyonnais, avec une affluence croissante, une énergie collective et une qualité musicale de plus en plus surprenantes pour des groupes de chanteurs et de non-chanteurs ne se connaissant pas et improvisant ensemble à partir de rien. Le bouche à oreille a été le principal moyen de développement, les gens revenant souvent avec des amis à eux pour leur faire découvrir, et un noyau d’habitués s’est constitué, autour duquel gravitaient environ un tiers de nouvelles personnes à chaque séance (pourcentage qui se situe plutôt autour de la moitié aujourd’hui). A partir d’octobre 2012, un rendez-vous mensuel a été accueilli par Arts en Scène. Limitées à 50 personnes, ces séances ont été systématiquement pleines à partir d’avril 2013.

1010753_397278773711991_765789606_nJuin 2013 a marqué un virage, avec notamment un premier évènement à plus grande échelle, une journée chant pour tous au parc de la Feyssine où les plus motivés ont improvisé de 11h à 22h, mais surtout avec une définition claire du mouvement qui était encore floue jusque-là. Chant pour tous a ainsi été défini par quatre accords : gratuit, ouvert à tous, 100% improvisé et 100% vocal et corporel, tout ce qui ne relèvait pas de ces quatre principes étant laissé au libre choix de l’animateur, et n’importe qui pouvant animer un chant pour tous. Gaël et Simon se sont ainsi dégagés de toute autorité sur le mouvement et se sont refusés à y associer une structure légale, afin de favoriser un maximum d’ouverture, de flexibilité, et laisser les gens se l’approprier entièrement.
Peu après, chant pour tous a eu son logo grâce à Julien Montet.

De l’été 2013 à aujourd’hui, le mouvement a continué à se développer. Les chants pour tous réguliers n’ont cessé d’avoir autant de succès à Lyon, avec des variantes inattendues d’une séance à l’autre (chant pour tous dans le noir, chant pour tous dansé, etc), de nouveaux animateurs prenant les rênes et de nouveaux lieux (du métro D à l’Odéon antique de Fourvière). Le mouvement a commencé à se répandre en dehors de Lyon et des chants pour tous ont depuis été organisés notamment à Paris, Marseille, Montpellier, Nantes, Clermont-Ferrand, Rouen, Besançon, Laval, Valence, Valleraugue, Challans, Baden, St Marcellin, Langeac, Crest, Grandris, Quincieux, dans des festivals, et même en Guadeloupe, à New York aux USA, à Toronto au Canada, à Hellange au Luxembourg, à Bruxelles et à Liège en Belgique. Plusieurs de ces villes ont désormais leurs chants pour tous réguliers.
En novembre 2015, un site web communautaire développé par David Mercereau a vu le jour pour centraliser et fluidifier la communication.

En janvier 2017 il y a eu plus de 100 participants à Lyon pour la première fois, puis en août le premier rassemblement des animateurs, événement destiné à se reproduire au moins une fois par an.

Des chants pour tous de plus en plus diversifiés apparaissent, ainsi que des évènements inspirés par le mouvement mais portant un autre nom, tout ça allant dans le sens de ce que que Gaël et Simon souhaitaient au départ : aider à ce que le chant collectif improvisé se propage le plus largement possible, rappeler aux gens que le chant est avant tout un art populaire et que la création est à la portée de tous, rassembler les gens pour qu’ils s’écoutent, chantent et créent ensemble.

Pour la suite, tout dépendra des gens qui participeront et prendront en main le mouvement. On peut espérer que l’absence de structure hiérarchisée laissera une marge de manoeuvre assez grande pour permettre à chant pour tous, à l’image d’autres mouvements apparentés comme la danse contact, d’évoluer et de se répandre massivement.

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