Guide pour organiser un chant pour tous

L’un des buts de chant pour tous est de se répandre le plus largement possible. Pour ça il faut avant tout que des gens qui aiment le concept franchissent le pas d’organiser et/ou d’animer leur propre chant pour tous. A l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes encore peu nombreux à animer… j’en connais pourtant plus d’un qui aimerait qu’il y ait des chants pour tous dans sa ville ou son village, ou même qu’il y en ait davantage à Lyon ou partout où nous sommes déjà installés. Mais j’entends souvent ces gens-là dire qu’ils ne se sentent pas capables ou pas prêts. Voici donc un « guide » qui les aidera, je l’espère, à réaliser que tout comme pour diriger une CircleSong ou participer à une improvisation collective, il suffit de surmonter ses peurs, se lancer, et le reste suivra !

Etape n°1 : Réaliser qu’il n’est pas nécessaire de s’appeler Bobby McFerrin pour animer un chant pour tous

Vous n’avez pas une grande expérience du chant improvisé, voire presque pas ? Vous n’avez jamais animé un échauffement vocal, jamais dirigé une CircleSong ou jamais encadré un groupe ? Peu importe. Les gens ne viennent pas à un chant pour tous pour écouter vos magnifiques improvisations, sinon ils iraient à un concert ; ils viennent pour chanter, tout ce dont ils ont besoin est que vous leur fournissiez le lieu et le cadre pour pouvoir se lâcher. Un chant pour tous n’est pas un atelier, l’animateur n’a pas besoin d’enseigner ou de transmettre quoi que ce soit, il sert simplement de médiateur. Ne pas être sûr de soi peut même avoir des avantages ! Si votre voix fait rêver tout le monde, vous placerez la barre très haute et les gens hésiteront peut-être à passer après vous car ils auront peur de ne pas faire aussi bien. Tandis que si l’animateur lui-même a un peu peur et ose « se tromper », les novices se sentiront plus proches de lui et verront qu’ils n’ont aucun complexe à avoir. Si vous avez déjà participé à un chant pour tous, vous avez probablement compris que le premier but n’est pas de faire des improvisations artistiquement accomplies, mais d’oser créer et chanter ensemble, tel qu’on est, sans exigence ni jugement ; la même chose s’applique à l’animateur. Alors si vous en avez envie, mettez de côté votre perfectionnisme et votre peur de l’échec de côté, et allez-y !

Etape n°2 : Trouver un lieu

La seule et unique chose matérielle dont vous avez besoin est un lieu adapté. Ce lieu doit être mis à disposition gratuitement pour ne pas avoir à faire payer qui que ce soit (à moins que vous ne soyez prêt à payer de votre poche pour offrir un bel espace, mais tout le monde ne peut pas se le permettre), relativement silencieux pour pouvoir chanter dans les meilleures conditions, isolé pour ne pas déranger le voisinage, assez grand pour accueillir au moins une dizaine de personnes, et accessible pour ne pas que la distance décourage trop de participants.. Réunir ces cinq conditions n’est malheureusement pas toujours facile.

  • Un espace privé peut être une solution très pratique, si vous connaissez quelqu’un qui possède par exemple un grand salon et qui accepterait de le prêter.
  • Un espace culturel ou associatif offre souvent les meilleurs lieux, généralement spacieux et bien situés. Le problème est de trouver une structure qui accepte de prêter ses locaux gratuitement. Une MJC, un bar associatif ou une école artistique sont des exemples de structures susceptibles d’accueillir volontiers un chant pour tous. Si l’événement est un succès, il se peut même qu’on vous y accueille régulièrement par la suite. Si vous démarchez ce genre de structure, veillez bien à discuter en long et en large avec le responsable de tous les détails nécessaires, de façon à éviter tout malentendu par la suite. Montrez que vous ferez très attention aux limites éventuelles du nombre de participants, aux horaires, à la propreté, etc.
  • Un espace public, par exemple en extérieur durant la la belle saison, peut également offrir un cadre formidable, à condition d’être assez accessible et silencieux. Attention aux bruits de circulation ou toute autre nuisance sonore qui peuvent complètement ruiner l’écoute nécessaire au bon déroulement d’un chant pour tous. Un bon lieu public devrait soit avoir une bonne acoustique naturelle (par exemple sous une arche ou encadrés de murs réfléchissant le son), soit être complètement silencieux (éviter absolument tout trafic de voitures, trop grande affluence de promeneurs, feuillages particulièrement animés par le vent, etc). La question de la météo est également à prendre en compte, en prévoyant par exemple un plan B pour le lieu ou pour la date, et en prévenant bien tout le monde.

Etape n°3 : Caler une date

Si vous organisez le chant pour tous en partenariat avec une MJC ou autre espace culturel, vous n’aurez pas forcément le choix de la date et de l’horaire, mais si vous l’avez, faites attention aux points suivants. Evitez évidemment les journées en semaine ; à priori pas avant 19h si vous faites un chant pour tous en semaine, voire plutôt 20h-21h. En règle général, il me semble que les gens se déplacent plus difficilement avant 20h30. Le vendredi soir ou samedi soir est un bon créneau, à condition qu’il n’y a pas trop d’autres évènements alléchants en même temps. Le samedi ou le dimanche matin ou après-midi peuvent aussi fonctionner.

Surtout, ne prévoyez pas une date trop proche. Si vous vous y prenez moins de trois semaines à l’avance, il est fort possible que beaucoup de gens aient déjà prévu quelque chose ce jour-là.

Ne vous prenez pas trop la tête non plus… plusieurs organisateurs de spectaclem’ont dit qu’ils n’avaient jamais vraiment trouvé de logique au fait que les gens se déplacent en beaucoup plus grand nombre certains soirs plutôt que d’autres.

Etape n°4 : Communiquer

Le lieu est trouvé, la date est calée, il ne reste plus qu’à communiquer l’information le plus largement possible, et c’est ça qui déterminera le plus l’affluence. Pas trop tôt (ça ne servira pas à grand chose si vous communiquez six mois à l’avance) ni trop tard (pas moins de trois semaines pour la première vague, plutôt un mois ou un mois et demi). Pas besoin de vous casser la tête à faire une belle affiche ou trouver une accroche originale, ce qui compte c’est que les infos essentielles soient là : le lieu, l’adresse, la date, l’heure (un conseil important au passage, annoncez toujours 20h30 si vous voulez que les gens soient là pour 21h00), un mail ou un téléphone pour vous contacter si besoin, une phrase ou deux pour que les gens aient au moins une vague idée de ce dont il s’agit, et éventuellement un lien internet pour en savoir plus.

Le site chant pour tous est là pour vous aider à communiquer, dans le menu en haut à droite, en étant connecté à votre compte vous pouvez facilement créer un événement ! L’événement sera d’abord soumis à modération si c’est votre première fois, puis sera publié rapidement. Vous pourrez ensuite le modifier si besoin, y gérer les réservations si vous choisissez d’utiliser le système intégré au site (qui permet aux utilisateurs de réserver en un clic et qui vous permet facilement d’éditer une liste d’inscrits, d’ajouter ou supprimer des inscriptions et d’envoyer des messages à tout le monde par exemple en cas d’imprévu), faire connaître votre initiative à toute la communauté et centraliser vos informations sur un site référencé qui aidera vos futurs participants à comprendre de quoi il s’agit. Vous pourrez également recevoir de l’aide des animateurs aguerris, des conseils, utiliser le logo et les vidéos dans votre communication privée, etc.

Puis communiquez aussi largement que possible, par mail (n’ayez pas peur du spam, il vous suffit d’indiquer aux gens qu’ils n’ont qu’à vous le signaler s’ils ne veulent plus recevoir votre com par rapport à ce sujet), par bouche à oreille, sur Facebook si vous l’utilisez, etc. Et si vous voulez mettre toutes les chances de votre côté, n’ayez surtout pas peur de renvoyer l’info tous les deux ou trois jours, c’est souvent comme ça que ça marche.

Etape n°5 : Ne pas avoir d’attente particulière

Le jour J, soyez aussi ouvert que possible à l’imprévu ! Peut-être que plein de gens vont annuler, que vous allez vous retrouver à 7 ou 8 alors que vous en attendiez 20, peut-être que l’ambiance va être très calme et posée alors que vous espériez quelque chose de fun et dynamique, ou au contraire peut-être les gens vont-ils délirer et partir dans tous les sens alors que vous vouliez qu’ils soient concentrés et attentifs. Ce ne sera un problème que si vous avez des attentes et que vous vous y accrochez. On ne peut jamais prévoir à quoi va ressembler un chant pour tous ou une improvisation collective, et tant mieux !

Conseils en vrac

  • Vous avez très envie d’organiser l’événement mais l’animation vous fait vraiment trop peur ? Contactez un ou plusieurs animateurs réguliers et demandez-leur s’ils seraient disponibles et sous quelles conditions. Certains peuvent avoir des préférences (peut-être un certain nombre de personnes minimum, un lieu pas trop loin de chez eux, etc), mais ils ont tous pour point commun la passion du chant et du partage et ils préfèrent généralement chanter et animer que chercher un lieu et communiquer via internet, ils seront donc souvent ravis que quelqu’un leur propose d’organiser un événement et de leur confier l’animation. Attendez-vous juste à ce qu’ils vous disent que la prochaine fois ce serait génial que vous animiez vous-même !
  • Si vous animez, appropriez-vous l’animation ! Chant pour tous n’a que quatre « règles », il faut que l’évènement soit gratuit, ouvert à tous, entièrement improvisé et entièrement vocal et corporel. En dehors de ça, vous pouvez faire absolument ce que vous voulez ! Vous pouvez organiser un évènement précisément structuré par différentes étapes, jeux et formes successives, empruntés ou inventés, tout comme vous pouvez opter pour un format extrêmement minimaliste, par exemple en exposant les quatre accords avant d’annoncer « et maintenant on improvise ! », assis par terre en buvant de la bière. Ou bien vous pouvez demander leurs envies aux participants et créer le déroulement avec eux. Tout est possible, n’hésitez pas à expérimenter !
  • Soyez bienveillant ! A mon avis toute critique est à éviter, les gens se lâcheront beaucoup plus facilement s’ils se sentent accueillis et soutenus. Encouragez-les, souriez-leur, montrez-leur que vous êtes de leur côté.
  • Allez-y doucement avec les appréciations, même positives… ça se discute mais pour moi un chant pour tous n’est pas un atelier d’apprentissage ; les gens ne sont pas forcément là pour apprendre et ne recherchent pas forcément le même résultat, sans parler du fait que certaines personnes ont tellement de mal à lâcher-prise que la moindre évocation qualitative stimule leur propre auto-jugement. Un commentaire comme « c’était vraiment beau » ou « super improvisation » implique qu’il puisse y avoir quelque chose de « moche » ou de « nul ». Or j’ai l’impression que la peur de « se tromper » ou de « mal faire » est le plus gros obstacle à la créativité et au partage…  Et même sans ça, objectivement il n’existe rien de « moche » ou de « nul », il n’y a que des choses qu’on aime et des choses qu’on n’aime pas, ce sont des préférences ; même les choses mesurables comme être en rythme ou chanter juste restent des préférences, personnellement je préfère que quelqu’un chante faux plutôt qu’il ne chante pas.
  • Si jamais le chant pour tous a lieu par exemple dans un appartement en mode « relax », il est généralement utile de fixer un accord de groupe qui veille à ce que les conversations ne prennent pas le pas sur le chant, par exemple en prévoyant une pièce pour le chant et une autre pièce pour discuter, ou bien en demandant que les conversations s’arrêtent dès que quelqu’un se met à chanter.
  • Si vous faites un échauffement, ne vous prenez pas la tête, il s’agit surtout d’un « rituel de transition » et l’impact sur la voix est souvent plus psychologique qu’autre chose. Si vous manquez d’idées vous pouvez commencer par préparer le corps avec par exemple des étirements ou de la relaxation, puis échauffer la voix avec des sirènes en « brrr », des phrases improvisées en question/réponse, etc…
  • Si vous avez peur de faire votre première CircleSong (c’est presque toujours mon cas), rappelez-vous qu’étrangement, cela fonctionne 99% du temps ! Si vous n’avez pas l’habitude, faites juste attention à bien marquer la pulsation, par exemple en la faisant frapper avec les pieds par tout le monde, ou indiquez clairement le rythme d’une manière ou d’une autre, le manque de référence rythmique étant la seule chose qui fait parfois qu’une CircleSong ne tourne pas comme on l’aurait souhaité.
  • Si vous n’êtes pas content de votre première CircleSong, n’hésitez pas à enchaîner avec une deuxième avant de passer la main !
  • Si vous passez la main , inutile de se lancer dans de grandes explications sur comment diriger une CircleSong, quelques mots suffisent, parfois je me contente même de dire « à votre tour »… il y a toujours un silence particulier à ce moment-là ! Ne pas paniquer, ni avoir peur du silence, il y a toujours quelqu’un qui finit par se décider. Si ce n’est pas le cas, il suffit généralement de quelques encouragements. Il peut par exemple être utile de dire aux gens qu’on a surtout peur avant de se lancer, mais que c’est génial dès qu’on y est (ce qui est vrai dans le grande majorité des cas). C’est extrêmement rare qu’une CircleSong se passe d’une manière qui crée de la déception, même avec les grands débutants, mais si c’est le cas, ne pas hésiter à rejoindre le leader pour le rassurer et « recaler » ce qui cloche. La plupart du temps il n’y a rien de particulier à faire ou à dire, tout se passe naturellement bien.
  • Si vous faites faire des improvisations collectives entièrement libres, évitez les groupes trop nombreux (à partir de 6 c’est beaucoup plus dur de s’écouter) et les improvisations trop longues (souvent, si ça se passe bien et qu’on n’a pas parlé de durée, les improvisateurs perdent la notion du temps et peuvent facilement improviser plus 10 minutes, ce qui peut être très long pour certains spectateurs qui meurent d’envie de se lancer à leur tour).
  • Si vous faites une improvisation libre en grand groupe, démarrez à quelques-uns et invitez les autres à vous rejoindre un par un (pas trop « en bloc »). Quand le groupe est nombreux, l’impro passe quasiment toujours par une phase assez étrange où on ne comprend plus grand chose… mais si on s’accroche assez longtemps, les gens finissent presque toujours par s’écouter et essayer de chanter ensemble, souvent pour finir en beauté. Il peut tout de même être utile de dire avant l’impro qu’à partir d’une dizaine de chanteurs, si tout le monde chante une partie différente, ce sera très chargé, et qu’il est préférable de se rejoindre en choeur ou en harmonie sur les parties qui nous plaisent le plus.
  • Enfin, essayez surtout de ne pas vous mettre la pression et rappelez-vous pourquoi vous faites ça, reliez-vous à votre plaisir de chanter, à votre envie de partage, tout part de là et on l’oublie trop souvent !

Et si ce guide ne vous suffit pas et que vous avez envie de vous lancer mais que vous avez besoin de soutien, n’hésitez pas à me contacter.

5 commentaires sur “Guide pour organiser un chant pour tous

  1. Super MERCI pour toutes ces infos ! J’ai très envie de me lancer ! Je remarque que tous les événements, qui ont eu lieu jusqu’à présent, se sont déroulés dans des villes de taille relativement importante. Perso, j’aimerai le lancer dans ma campagne profonde …. Qu’en pensez-vous ? J’ai, chez moi, une salle où je peux recevoir facilement (pour ce genre d’exercice) une vingtaine de personnes. L’animation ne me fait pas peur. Mon frein se situerait plutôt du côté de la com. Je suis très peu douée pour cela ! Mais je crois avoir lu quelque part, que vous pourriez me guider dans ce domaine ….

  2. Hello, un petit mot pour dire que la toute dernière recommandation de ce guide m’a recentrée sur l’essentiel avant d’aller animer mon dernier « chant pour tous » et m’a permis d’accueillir les imprévus en toute légèreté. Un grand merci pour ce rappel…
    « essayez surtout de ne pas vous mettre la pression et rappelez-vous pourquoi vous faites ça, reliez-vous à votre plaisir de chanter, à votre envie de partage, tout part de là »

    1. Merci pour ton retour Marie, c’est effectivement quelque chose que j’aime énormément me rappeler !
      Ton commentaire me refait penser que j’aimerais ré-écrire en partie cet article et mieux connecter les différents guides de ce genre qu’on peut trouver sur le site… bientôt j’espère !

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