Retour sur la saison 2015-2016

C’est l’été… période creuse du mouvement. Plein de belles choses se profilent pour la rentrée et en attendant j’ai envie de célébrer cette saison 2015-2016 qui a été particulièrement éclatante.

Les chants pour tous ont joyeusement continué à Lyon, Nantes et Crest, les villes où le mouvement était déjà installé, et quatre nouvelles villes les ont rejointes :

Le mouvement a également repris à Paris avec Florence Moreau qui a pris la suite d’Hamedy-Weya Nean et Cyril Kyen.

Les chants pour tous ne continueront pas à Toronto l’année prochaine, Camille Pascal déménageant à New York… par contre ce n’est que le début de l’aventure à Liège, Rouen et Montpellier ! Et la saison 2016-2017 aura sans aucun doute son lot de nouveaux lieux, dont certains sont déjà en préparation…

La liste des animateurs réguliers s’est donc considérablement enrichie avec pas moins de douze animateurs à l’heure actuelle !

Des chants pour tous ont également été organisés dans plusieurs festivals, ainsi que de nouvelles formules allant dans le sens de la diversification du mouvement qui me tient tellement à coeur.

Et tout ça a bien sûr été grandement facilité par le lancement en octobre dernier de ce site web, conçu bénévolement par David Mercereau à qui j’adresse une fois de plus toute ma gratitude, ainsi qu’à Julien Montet qui a réalisé le logo et les graphismes. Vous avez été nombreux à visiter/utiliser ce site et à nous adresser des retours très positifs ; j’espère que nous continuerons à le rendre de plus en plus vivant et actif !

Tout ça me rend extrêmement joyeux, touché, reconnaissant et motivé ! Je souhaite que ce mouvement continue à grandir et à favoriser de plus en plus de partage, de bienveillance, de créativité, de co-création, de beauté, de joie, de célébration, de toutes ces précieuses choses que je savoure à chaque fois.

Et je vous souhaite à tous un magnifique été !!

Les 4 accords de chant pour tous

Pourquoi les 4 accords ? Parce qu’un an après le début du mouvement, il y avait de la confusion sur ce qu’était exactement un chant pour tous. Il y avait des chants pour tous à une dizaine dans des appartements qui s’appelaient « chant’appart » parce que les organisateurs se disaient que ça ne suivait pas la forme des « vrais » chants pour tous mensuels, qui à l’époque rassemblaient systématiquement cinquante personnes avec un déroulement précis. Il y a eu quelques chants pour tous payants… et Simon et moi nous interrogions sur la meilleure manière de faire évoluer le mouvement.
On a réfléchi un moment à créer une association, à certifier des animateurs, à distinguer des chants pour tous « officiels » des chants pour tous « sauvages ». Et puis finalement on s’est mis d’accord d’éviter la structure pyramidale, de ne nous présenter que comme des animateurs parmi d’autres, d’encourager n’importe qui à devenir animateur, et on a convenu de quatre principes : vocal et corporel, improvisé, gratuit et ouvert à tous, afin de clarifier et délimiter une identité au mouvement.

Voilà un peu ma vision de ces 4 accords aujourd’hui :

1 : VOCAL ET CORPOREL

Les deux premiers accords tentent de définir ce qu’on va faire. S’il existait un terme comme par exemple « chant impro » qui englobe toutes les différentes formes d’improvisation vocale a cappella, de chant spontané, de théâtre impro chanté, un terme qui parle à tout le monde… on n’aurait peut-être eu besoin que de trois accords au lieu de quatre. Mais il y a des formes très différentes et peu de lien entre les acteurs de ces différentes formes. Et même en les rassemblant toutes, il me semble que ça reste une pratique peu répandue, peu connue, la plupart des néophytes n’ont pas une idée claire de ce dont il s’agit… Est-ce que c’est du chant ou du bruitage ? Met-on un pied dans le théâtre ? Ou deux ? Est-ce qu’il y a des mots ? Il y a des percussions corporelles aussi ? Est-ce qu’on danse ? Qu’est-ce que ça veut dire « improvisé », il y a des codes ou pas ? Pour moi tout ça est possible, même si j’ai évidemment mes préférences personnelles. On peut chanter, crier, parler, taper dans les mains, danser… alors bon, pourquoi pas « vocal et corporel »… Je ne trouve pas le terme des plus accrocheur, mais il me semble qu’il définit assez bien la vastitude ce qu’on fait : des choses avec notre voix et avec notre corps, sans instrument de musique, sans équipement, avec les moyens qu’on a tous, partout et n’importe quand.

2 : IMPROVISÉ

Qu’est-ce qui est improvisé ? Tout. C’est précieux pour moi qu’on improvise toujours de A à Z, qu’on ne prépare aucun chant à l’avance, qu’on ne reprenne rien de connu, pas même de courte citation, mais qu’on crée absolument tout dans l’instant. Pourquoi, parce que j’adore tellement ça ! Parce que je m’extasie presque toujours du miracle de ces gens qui ne se connaissent pas et qui créent ensemble, à partir de rien, une petite oeuvre unique et complètement éphémère. Que ce soit un morceau de musique avec des harmonies qui font vibrer, un slam en grammelot qui nous fait rire ou un mélange des deux… et même les tentatives les moins heureuses qui frottent les oreilles, c’est rare que je n’ai pas le sourire en écoutant les gens se rencontrer ou chercher à se rencontrer de cette manière. Quand ce n’est pas carrément grandiose !

3 : GRATUIT

Pas toujours évident en termes d’organisation, par exemple pour trouver une salle prêtée gratuitement sans même avoir à verser une petite adhésion à une association, mais on fait avec… chant pour tous, c’est gratuit. Même pas « à prix libre », ce qui impliquerait que bien que libre, il y ait un prix, mais gratuit. Ce qui n’empêche pas l’argent de circuler dans certains cas, par exemple si l’animateur laisse un chapeau quelque part et invite ceux qui souhaitent contribuer à y mettre quelque chose, ce que je fais souvent. Personnellement je n’ai aucun souci avec la circulation d’argent dans le mouvement, de quelle manière que ce soit, tant que les gens qui préfèrent ne rien payer n’ont rien à payer pour participer !

4 : OUVERT A TOUS

Même (et surtout ?) aux gens qui n’ont pas l’habitude de chanter ou qui n’ont jamais improvisé, aux enfants et aux personnes âgées, ou encore aux gens qui ne parlent pas la même langue. Parce que même s’il peut sembler impossible de satisfaire tout le monde, j’aime beaucoup essayer quand même ! Les trois accords précédents aident à rassembler des personnes très différentes les unes des autres, et comme je l’ai dit plus haut je suis fasciné par la manière dont ces personnes peuvent se relier en chantant. Et puis aussi parce que chanter fait clairement du bien, que chanter ensemble est une tradition aussi ancienne que l’humanité et qu’on gagnerait sûrement à le faire plus souvent.

Et puis…

Au sein de ces quatre accords, tout est permis. C’est l’animateur qui choisit ou non de délimiter une forme plus ou moins précise, n’allez donc surtout pas croire si vous n’êtes venu qu’à quelques chants pour tous que ça se passe toujours pareil ! En cinq ans on a déjà exploré beaucoup de choses, mais j’espère qu’avec le temps les chants pour tous vont se diversifier de plus en plus… J’imagine aussi bien un chant pour tous avec cinq-cents personnes qui chantent en choeur les CircleSongs improvisé(e)s par l’animateur, qu’un chant pour tous dans la rue où l’on danse avec les passants juste sur le son des cris de joie. Le mouvement est grand ouvert !

L’histoire de chant pour tous

A l’origine de chant pour tous, il y a avant tout l’oeuvre de Bobby McFerrin. Souvent connu pour « Don’t worry be happy », trop rarement pour ses talents exceptionnels d’improvisateur, sa virtuosité, son humour et sa générosité, ce chanteur hors du commun a révolutionné le chant a cappella au début des années 80, en explosant les limites de la voix en tant qu’instrument de musique, ainsi qu’en plaçant le public au coeur du spectacle, entraînant des milliers de personnes dans ses improvisations polyphoniques délirantes. C’est lui qui a popularisé les « CircleSongs » et inspiré des chanteurs et vocalistes du monde entier à complètement repenser leur façon d’utiliser la voix.

Parmi les nombreux chanteurs marqués par Bobby McFerrin, deux lyonnais, Gaël Aubrit et Simon Reina Cordoba, se sont lancés dans l’aventure de l’improvisation non-verbale a cappella. Ils ont d’abord créé un groupe et testé les possibilités et limites de l’improvisation, avant de s’essayer à leurs premiers concerts qui ont été accueillis par une écoute, une joie et une réactivité inattendues. Assez rapidement, l’énergie ressentie en faisant chanter en choeur et même improviser le public a été telle que Gaël a souhaité consacrer un projet à part entière à cet échange. Il a ainsi imaginé des séances à mi-chemin entre concert, atelier et scène ouverte, où tout le monde pourrait venir chanter et improviser ensemble. Le premier « chant pour tous » a eu lieu à Lyon le 16 mars 2012.

CPTARSDe mars 2012 à juin 2013, une vingtaine de chants pour tous ont été organisés par Gaël et Simon dans différents lieux lyonnais, avec une affluence croissante, une énergie collective et une qualité musicale de plus en plus surprenantes pour des groupes de chanteurs et de non-chanteurs ne se connaissant pas et improvisant ensemble à partir de rien. Le bouche à oreille a été le principal moyen de développement, les gens revenant souvent avec des amis à eux pour leur faire découvrir, et un noyau d’habitués s’est constitué, autour duquel gravitaient environ un tiers de nouvelles personnes à chaque séance (pourcentage qui se situe plutôt autour de la moitié aujourd’hui). A partir d’octobre 2012, un rendez-vous mensuel a été accueilli par Arts en Scène. Limitées à 50 personnes, ces séances ont été systématiquement pleines à partir d’avril 2013.

1010753_397278773711991_765789606_nJuin 2013 a marqué un virage, avec notamment un premier évènement à plus grande échelle, une journée chant pour tous au parc de la Feyssine où les plus motivés ont improvisé de 11h à 22h, mais surtout avec une définition claire du mouvement qui était encore floue jusque-là. Chant pour tous a ainsi été défini par quatre accords : gratuit, ouvert à tous, 100% improvisé et 100% vocal et corporel, tout ce qui ne relèvait pas de ces quatre principes étant laissé au libre choix de l’animateur, et n’importe qui pouvant animer un chant pour tous. Gaël et Simon se sont ainsi dégagés de toute autorité sur le mouvement et se sont refusés à y associer une structure légale, afin de favoriser un maximum d’ouverture, de flexibilité, et laisser les gens se l’approprier entièrement.
Peu après, chant pour tous a eu son logo grâce à Julien Montet.

De l’été 2013 à aujourd’hui, le mouvement a continué à se développer. Les chants pour tous réguliers n’ont cessé d’avoir autant de succès à Lyon, avec des variantes inattendues d’une séance à l’autre (chant pour tous dans le noir, chant pour tous dansé, etc), de nouveaux animateurs prenant les rênes et de nouveaux lieux (du métro D à l’Odéon antique de Fourvière). Le mouvement a commencé à se répandre en dehors de Lyon et des chants pour tous ont depuis été organisés notamment à Paris, Marseille, Montpellier, Nantes, Rennes, Clermont-Ferrand, Rouen, Besançon, Laval, Valence, Valleraugue, Challans, Baden, St Marcellin, Langeac, Crest, Grandris, Quincieux, dans des festivals, et même en Guadeloupe, à New York aux USA, à Toronto au Canada, à Hellange au Luxembourg, à Bruxelles et à Liège en Belgique. Plusieurs de ces villes ont désormais leurs chants pour tous réguliers.
En novembre 2015, un site web communautaire développé par David Mercereau a vu le jour pour centraliser et fluidifier la communication.

En janvier 2017 il y a eu plus de 100 participants à Lyon pour la première fois, puis en août le premier rassemblement des animateurs, événement destiné à se reproduire au moins une fois par an.

Des chants pour tous de plus en plus diversifiés apparaissent, ainsi que des évènements inspirés par le mouvement mais portant un autre nom, tout ça allant dans le sens de ce que que Gaël et Simon souhaitaient au départ : aider à ce que le chant collectif improvisé se propage le plus largement possible, rappeler aux gens que le chant est avant tout un art populaire et que la création est à la portée de tous, rassembler les gens pour qu’ils s’écoutent, chantent et créent ensemble.

Pour la suite, tout dépendra des gens qui participeront et prendront en main le mouvement. On peut espérer que l’absence de structure hiérarchisée laissera une marge de manoeuvre assez grande pour permettre à chant pour tous, à l’image d’autres mouvements apparentés comme la danse contact, d’évoluer et de se répandre massivement.