A propos des réservations

Je reviens de nouveau sur Lyon ce mois d’avril, et j’en profite pour refaire une tournée Chant pour Tous dans les écoles démocratiques ! L’expérience a été excellente, pleine de plaisir et de joie partagée le mois dernier, alors pourquoi ne pas la renouveler ? RDV la première semaine d’avril pour ceux qui veulent venir chanter !

Cependant, je suis pour la première fois confronté à un grand nombre d’annulations non prévenues, chose que je n’ai jamais eu sur Rouen. C’est peut-être un syndrome Lyonnais, je ne sais pas… Donc j’en profite pour lancer la discussion ici.

Pour info, fin février à Lyon, sur les 30 inscrits à l’école Nikola Tesla, 20 seulement sont venus (et je ne sais pas s’ils étaient tous inscrits), et sur les 20 inscrits à l’école Horizon à Villeurbanne, 3 seulement sont venus (heureusement qu’il y a eu 3 personnes de plus non inscrites qui sont venues), et pas de soucis à St Cyr au Mont d’Or où tout le monde inscrit est venu. Seules 2-3 personnes m’ont informé de leur absence. Les deux évènements de Lyon et Villeurbanne étaient pleins assez rapidement, et j’imagine qu’il y a eu des personnes qui auraient bien apprécié venir mais qui n’ont pas pu en voyant l’évènement plein.

De mon côté ça me va très bien de faire des Chant pour Tous à 3-4 personnes, j’ai déjà vécu de superbes expériences partagées lors de mini chant pour tous. Je cherche juste un moyen adéquat (dans ces circonstances d’annulations non prévenues) pour pouvoir permettre à ceux qui ont vraiment envie de venir de pouvoir venir !

Deux solutions :

  • Réservations, et laisser à chacun le choix de se responsabiliser concernant sa réservation (annuler en me contactant). Ce que je fais depuis le début. Par ailleurs, Gaël m’a fait part du fait que chacun peut créer son compte perso sur le site chant pour tous, ce qui peut permettre à chacun de gérer ses réservations (annuler, modifier) en toute autonomie.
  • Pas de réservations : premier arrivé, premier servi. Quand il n’y a plus de place, bah on ne rentre plus. Je n’aime pas du tout cette solution car il y a parfois des personnes qui ne peuvent pas arriver pile à l’heure et qui cependant ont vraiment envie de venir !

Pour vous, animateurs de Chant pour Tous, avez-vous d’autres idées à proposer ? Comment faites-vous ? Avez-vous déjà été confronté à ce genre de situation ?
Et pour tous les participants, qu’en pensez-vous ?

Nicolas

Apprivoiser sa voix grâce à celle des autres

Extrait d’un article en lien avec ma pratique de transmission de l’import vocale et de mon expérience récente d’animatrice de Chant pour tous.
Chanter ensemble amène de nombreux bienfaits qui ne sont plus à démontrer. Ici, je voudrais aborder un des aspects qui me semble assez présent lors des Chants pour tous.
En tant qu’animateurs, nous sommes en position d’observation participante… j’observe plein de choses, et vous aussi. Et ce qu’on observe à propos des autres peut bien souvent s’appliquer à nous-mêmes également.
Je suis amusée et fascinée par ce qui se passe quand on chante ensemble, particulièrement quand on réunit des personnes qui ne se connaissaient pas l’heure précédente, et qui n’ont forcément pas les mêmes tessitures, répertoires vocaux, attentes et attitudes…

Qu’est-ce que veut dire chanter ensemble?

Différentes modalités et façons de s’y prendre…

– chanter à l’unisson?

– chanter en écho, l’un après l’autre?

– chanter plus ou moins fort que l’autre pour que l’on puisse s’entendre?

– chanter une octave plus haute ou basse pour rester dans notre confort vocal?

– …

Qu’est-ce que l’on fait au juste, si ce n’est s’adapter à l’autre voix en fonction de la sienne ? Se met alors également en place un jeu, au sens premier du terme. Ce jeu bien moins anodin qu’il n’y paraît est une conversation où chacun va tenir un ou plusieurs rôles. Comme dans notre vie quotidienne, lorsque nous chantons, nous agissons en fonction de notre subjectivité. Si les pratiques artistiques sont un terrain propice pour bousculer cette subjectivité et incarner une autre façon d’être au monde, le chant à plusieurs est une place où s’observent des jeux relationnels évocatifs et où l’on peut requestionner notre place et surtout la façon de l’ancrer sereinement dans un cadre protégé.

Que cherche-t-on au juste ?

  • faire entendre à l’autre notre voix et acquérir sa reconnaissance tacite de sa justesse, son originalité, son esthétique ?
  • obtenir de l’autre une réponse à ce qu’on vient de chanter et donc instaurer un dialogue au sens propre ?
  • harmoniser nos voix pour atteindre un idéal esthétique déjà connu et reconnu par l’extérieur ?

Quel rôle je joue devant les autres ?

Il n’est pas question ici de développer plus avant les mécanismes relationnels en jeu, mais simplement de mettre en exergue quelques aspects que l’on va retrouver dans ce contexte particulier du chant improvisé :

  • rapports de force plus ou moins établis mis en scène par le jeu vocal, avec les rôles de composition permis par ce cadre privilégié
  • attitude de repli ou affirmation de sa présence
  • écoute timide mais intégrative qui permet de se lancer au moment opportun pour soi
  • paradoxe intérieur du vouloir et ne pas vouloir être entendu, avoir envie d’y aller mais ne pas oser
  • frustration de l’expérience vécue comme inaboutie
  • sensation désagréable de dysharmonie d’après les normes harmoniques occidentales
  • confrontation aux voix qui ne nous « parlent » pas : qu’en faisons-nous ?
Que cela nous fasse peur ou envie, l’expérience prouve que nos réactions évoluent, d’une séance sur l’autre et d’une minute à l’autre lors d’une même session. Ce processus dynamique d’échanges vocaux est par nature non figé et se veut donc le moyen idéal pour se mettre dans un état à la fois réceptif et actif. Se décentrer pour mieux écouter, me paraît être indispensable mais surtout un bon moyen d’approfondir et d’enrichir l’expérience.
Si vous souhaitez réagir, rebondir, témoigner, je serais ravie de pouvoir vous lire dans les commentaires!

A Liège, nouveau départ !

… Que de belles nouvelles pour Chant pour Tous / Liège !

  • Tout d’abord, la dernière session du 10 février dernier au CPCR fut réjouissante, nous étions plus de trente dans une salle encore non étrennée par Chant pour Tous en une douce fin d’après-midi… Détente, circle song très inspirés, et quelques impros à 5 pour finir. Pas de vidéo ni de bonnes photos malheureusement, voici donc quelques humbles clichés téléphoniques !
  • C’est désormais officiel, Chant pour Tous devient régulier au CPCR, en Jonruelle (St Léonard) !

    Ce sera désormais un samedi par mois (sauf exceptions…) en fin d’après-midi, dans cette nouvelle salle bien insonorisée…  A vos agendas, voici donc les prochaines dates !

    samedi 10 mars, de 17h à 19h30

    samedi 7 avril, de 16h30 à 19h

    samedi 5 mai, de 17h à 19h30

    samedi 2 juin, horaire à reconfirmer

Nous continuons de procéder par réservations (pour l’instant fixé à 35 places, mais si besoin, nous pourrons demander la plus grande salle) et nous vous annonçons également que les Chant pour Tous commenceront désormais A L’HEURE !! pour profiter au mieux des séances. Le CPCR sera donc ouvert chaque fois 15 minutes avant le début, pour vous permettre d’arriver tranquillement…

  • Enfin, vous avez remarqué que nous parlons au « nous », car comme annoncé samedi dernier, nous serons désormais 2 animatrices à animer les Chant pour Tous sur Liège ! Julie Mottet, chanteuse et animatrice d’ateliers sur la région de Liège, rejoint les rangs au grand bonheur du mouvement ! Et hop, deux Julie pour le plaisir d’une 🙂

On se retrouve donc samedi 10 mars, n’oubliez pas de ramener vos grandes cousines par alliance !

Au trèèèèès grand plaisir de chanter ensemble !

Ju – Ju

« CircleSongs Lyon #2 » 02/02/18

Plus de 110 personnes ce vendredi 2 février à la MJC Jean Macé pour ce deuxième chant pour tous 100% CircleSongs !

Nouvelles règles du jeu… Il y a une peluche. La personne qui a la peluche peut conduire le cercle à sa guise, que ce soit par exemple en venant arrêter ce qui était en train d’être chanté et en redémarrant de zéro (ou non), en enlevant ou en ajoutant une ou plusieurs parties, etc. La peluche peut être laissée par terre et ramassée par quelqu’un d’autre, ou bien elle peut être demandée, donnée ou gardée.
De leur côté, les personnes dans le cercle sont invitées à régulièrement changer de place, par exemple pour aller chanter une partie qui leur plaît beaucoup, ou pour mieux entendre ce qui se chante là-bas, ou pour expérimenter tour à tour l’intérieur et l’extérieur du cercle (je trouve ça hyper différent). Elles sont aussi invitées à inventer et chanter leur propre partie si elles en ont envie, même sans avoir la peluche, en évitant juste de le faire au tout début et à la toute fin des circlesongs quand leur partie risque davantage de gêner l’intention de la personne à la peluche. Invitation aussi à venir vers le milieu du cercle si elles veulent faire un solo (encore une fois même sans la peluche), afin que tout le monde puisse en tenir compte. Et puis bien sûr, invitation à chercher du plaisir, de la fluidité et du confort dans tout ça !

Et je vous laisse regarder la vidéo pour (re)voir un petit peu de ce que ça a donné !

Un grand merci !!

Quelques mots et images du mois de janvier

Ce mois-ci il y a eu des chants pour tous à :
• Nantes
• Lyon
• Dieppe
• Brioude
• Lodève
• Montpellier
• Rouen
• Besançon
• Rennes
• Bruxelles
• Aubagne
• Phnom Penh (Cambodge) !!

Parmi ces lieux, plusieurs proposent désormais des chants pour tous réguliers (Brioude, Lodève, Rennes, Bruxelles) !

Pour d’autres lieux il s’agissait d’un événement exceptionnel dont on ne sait pas encore s’il sera reconduit ou non. On peut notamment célébrer le 1er chant pour tous sur le continent asiatique, à Phnom Penh au Cambodge !!

Les quelques photos que vous voyez dans cet article ont été prises aux chants pour tous de Bruxelles, Aubagne et Lodève. Je voulais aussi célébrer ça parce que ce n’est pas souvent qu’on voit passer autant d’images de tous ces événements ! Ces photos et d’autres ont été partagées dans le groupe Facebook du mouvement, un groupe encore méconnu dont le but est bien sûr de relayer les événements mais aussi les photos, vidéos, témoignages, débats et tout ce qui peut être partagé en lien direct avec chant pour tous.

Le mois de février s’annonce à priori aussi riche que le mois de janvier… Alors au plaisir de voir fleurir tous ces événements, d’improviser ensemble et de se savoir de plus en plus nombreux à le faire !

 

Tournée Chant pour Tous dans les écoles démocratiques de l’agglomération Lyonnaise

Je descends sur Lyon environ tous les deux mois, et j’aime beaucoup y proposer des Chants pour Tous quand j’y suis ! Sauf qu’en hiver, il ne va pas y avoir foule pour venir à un Chant pour Tous le soir en plein air dans un des parcs de Lyon, sous les manteaux et écharpes, et il y paraît que c’est pas terrible de chanter quand il fait très froid (j’ai jamais pensé à vérifier sur quoi cette info est fondée…). Mais je ne m’arrête pas là, et en recherche de lieux pour l’organisation de Chants pour Tous, c’est tombé comme une évidence : les écoles démocratiques !

 

Alors tout d’abord pour ceux qui ne savent pas ce qu’est une école démocratique, je vous invite à regarder cette vidéo qui résume bien ce à quoi ça peut correspondre : TEDx de Ramin Farhangi « Pourquoi j’ai créé une école où les enfants font ce qu’ils veulent », et à faire un tour sur le site de la branche française de l’EUDEC (communauté européenne pour l’éducation démocratique).

Dans l’agglomération Lyonnaise, la première école démocratique a ouvert en septembre 2016, l’école Nikola Tesla, dans le 3e arrondissement. Puis en septembre 2017, trois autres écoles ont ouvert : Horizons à Villeurbanne ; L’envolée à St Cyr au Mont d’Or ; et l’école dé-couverte à Vaugneray.

Certaines de ces écoles permettent à des intervenants extérieurs de faire vivre leurs locaux en dehors des temps scolaires, avec des activités qui correspondent à leurs valeurs.

Je trouve que les Chant pour Tous ont vraiment leur place au sein des écoles démocratiques, car on retrouve entre les deux certains points en commun :
– rien ne nous est imposé, si on veut s’arrêter on s’arrête, si on veut continuer on continue ;
– la recherche d’une atmosphère de confiance, de non-jugement et de bienveillance ;
– pas de hiérarchie entre les participants : ça dépend de comment le chant pour tous est animé, certains animateurs font beaucoup de propositions, d’autres laissent les propositions émerger du groupe… comme dans les écoles démocratiques, chacune fonctionne différemment en fonction des membres et staff de l’école. Mais animateur Chant pour Tous et staff d’une école démocratique sont garants du cadre et sont l’exemple vivant des valeurs véhiculées dans leur structure.

 

Donc au programme fin février, tournée de Chant pour Tous (tous les évènements sont sur le calendrier des Chants pour Tous) :

– École Nikola Tesla (page fb), le lundi 26 février. Accueil à partir de 18h30 pour grignoter ensemble, Chant pour Tous à 19h.

– École L’envolée (page fb), le mardi 27 février. Chant pour Tous à 19h, suivi d’un apéro-dînatoire participatif.

– École Horizons (page fb), le mercredi 28 février. Chant pour Tous à 19h, suivi d’un apéro-dînatoire participatif. Il y aura avant ce Chant pour Tous des portes ouvertes à l’école horizons : évènement fb.

Pensez à vous inscrire, car les places sont limitées !

 

Au plaisir de chanter avec vous,

Nicolas

Vidéo du Chant pour Tous – Liège du 25 novembre 2017

Un mois plus tard…

J’accouche enfin de la vidéo montée du dernier Chant pour Tous mené à Liège, exceptionnellement animé par Gaël Aubrit !

Pour faire bref, ce fut un de ces Chant pour Tous où les boucles vous restent en tête toute la semaine, où le sourire reste accroché toute la soirée, et où l’on n’a plus envie qu’il ne se passe quoi que ce soit d’autre dans la vie que des Chant pour Tous… Si ça vaut pas 10 minutes de vidéo, ça !

Merci encore à tous les participants,

et à très vite pour le prochain liégeois en janvier !

Interview de Gaël sur chant pour tous par Marie-Armelle Bénédicte

J’ai eu la chance d’être interviewé à propos de chant pour tous par Marie-Armelle Bénédicte, pour le blog « Le chant spontané » que vous allez pouvoir découvrir ci-dessous. C’était un plaisir pour moi de partager ma vision des choses sur différents aspects du mouvement, je pourrais vraiment parler de tout ça pendant des heures et des heures… en espérant qu’il y ait des gens intéressés pour m’écouter !

Un grand merci à Marie-Armelle d’aider à faire connaître ce mouvement ! Je vous recommande d’explorer son blog qui contient notamment des articles, idées et conseils très intéressants sur le chant improvisé/spontané.

Et bien sûr je serais curieux de lire en commentaires vos avis sur ce dont on a parlé dans cette interview !

INTERVIEW DE GAËL AUBRIT, INITIATEUR DE “CHANT POUR TOUS”

Satisfaire tout le monde ?

J’ai remarqué, non sans une grande satisfaction, que la liste des valeurs associées à chant pour tous dans la bouche des gens qui viennent m’en parler est longue et diversifiée. Pour parler comme j’aime le faire en termes de besoins auxquels chant pour tous répond, j’ai déjà entendu des besoins (dans le désordre) de partage, de création et de co-création, de célébration, de communion, de connexion, de stimulation, d’inspiration, d’expression, de lâcher-prise, d’apprentissage, d’évolution, de défoulement, de récréation, d’écoute, d’attention, d’harmonie, de spontanéité, de jeu, de rire, d’appartenance, de chaleur humaine, de détente, de bienveillance, de confiance, de contribution, de beauté, de spiritualité, de transcendance, de beauté, et j’en oublie sûrement.

Alors bien sûr un seul chant pour tous ne nourrit probablement jamais tous ces besoins d’un coup et surtout pas chez tout le monde. Je suis toujours très intéressé de constater que différentes personnes viennent à un chant pour tous dans le but (conscient ou inconscient) de nourrir différents besoins. Ainsi une personne qui vient par exemple pour se détendre ou se défouler après une dure journée de travail n’a pas du tout la même motivation qu’un passionné de chant improvisé qui vient en quête d’inspiration.

C’est la raison pour laquelle je me suis toujours refusé à associer « officiellement » une ou plusieurs valeurs à chant pour tous, pour encourager et favoriser ce brassage d’intentions qui me touche profondément. C’était pourtant très tentant au début, de mettre en avant des valeurs qui me sont chères comme l’interdépendance, la bienveillance, l’écoute… mais s’il y a bien une valeur qui me tient à coeur plus que les autres, c’est l’ouverture, l’ouverture à la différence et en particulier à tout ce qui à première vue ne donne pas envie de s’y ouvrir.

C’est cette quête d’ouverture qui m’a conduit, notamment dans le cadre des formations longues en chant collectif improvisé que je donne depuis 2013, à de très inconfortables remises en question sur tout ce qui me semblait « bien » et donc à l’inverse sur ce qui me semblait « mal ». J’ai toujours essayé de tenir un discours du genre « je ne fais que vous proposer des outils et des expériences, ensuite vous en faites ce que voulez »… sauf que j’avais des limites à ce « faites ce que vous voulez ». Je pense notamment à deux choses :

La première était le rythme… j’ai affirmé pendant des années que sauf dans le cas d’une réalisation musicale volontairement arythmique, une pulsation et une mesure rythmique commune était indispensable pour permettre une expérience plaisante pour tous et une réalisation musicale « aboutie » (cette notion d’aboutissement ayant également disparu de mon discours depuis). J’étais très mal à l’aise en cas de décalage rythmique, et très critique envers les musiciens rythmiquement imprécis.

La deuxième était l’intention de faire quelque chose ensemble, impliquant donc une écoute des uns et des autres et une attention particulière à l’élaboration d’une oeuvre collective. Je pouvais être très réactif si quelqu’un me disait par exemple qu’il était là pour se faire plaisir avant tout, et que faire attention aux autres n’était pas sa priorité.

Bon, depuis j’ai réalisé que j’avais moi-même encore beaucoup de chemin à faire dans ces deux axes ! Mais ce n’est pas ça qui en premier m’a fait changer de discours… ce qui m’a fait changer de discours c’est d’abord de longuement discuter avec mes élèves de nos besoins et de nos préférences respectives, et de constater qu’elles ne s’accordaient parfaitement que très exceptionnellement. J’ai réalisé peu à peu à quel point une chose qui nourrit profondément la plupart des gens peut ne pas du tout nourrir d’autres personnes, et surtout pas au même moment. En d’autres termes, rien n’est bon pour tout le monde à tout moment. Donc tout ce qui semble incontournable peut en réalité l’être très joyeusement !

L’improvisation rythmiquement instable peut stimuler un chanteur aguerri en l’obligeant à sortir de sa zone de confort, à s’adapter et ainsi élargir son champ de compétence, comme elle peut rassurer et soutenir un chanteur débutant qui voit ainsi qu’il n’est pas le seul à galérer avec le rythme, que le ciel ne tombe sur la tête de personne, et qu’il est le bienvenu malgré ses limites du moment. Et l’improvisation où plein de gens ne s’écoutent pas les uns les autres et où ils n’ont pas vraiment envie de le faire peut permettre à quelqu’un qui ne chante presque jamais de s’exprimer librement, de se lâcher comme s’il était Michael Jackson et de s’en régaler comme un enfant, comme elle peut permettre à un autre chanteur plus expérimenté d’en faire autant (dans mon expérience ce ne sont souvent pas les chanteurs les plus expérimentés qui se lâchent le plus) ou bien évidemment de cultiver son ouverture d’esprit !

Bien sûr d’un autre côté, l’improvisation rythmiquement instable peut aussi déstabiliser, décevoir, déranger, bloquer… et l’improvisation sans intention collective peut frustrer, gêner, dégoûter… De la même manière que l’improvisation « musicalement aboutie » peut stresser, effrayer, diviser, et l’improvisation où tout le monde essaye d’être ensemble peut également décevoir, frustrer, etc… parce que nous n’avons pas les mêmes besoins au même moment et qu’aucune action ne nourrit les mêmes besoins chez tout le monde.

La part de moi qui cherche toujours à rassembler tout le monde dans un déploiement partagé n’a pas du tout aimé réaliser tout ça ! J’étais un peu désemparé, je ne savais pas comment transformer mon discours et m’adapter à cette nouvelle réalité. Et puis grâce à certains outils de communication (<3 CNV <3), j’ai appris à exprimer mes besoins et mes préférences sans exiger que les autres y répondent et sans leur reprocher de ne pas le faire, j’ai appris à me relier de plus en plus à leurs besoins, leurs préférences, et j’ai appris qu’en prenant le temps de communiquer de cette manière, il y avait de plus en plus souvent de petits miracles qui permettaient au final de satisfaire tout le monde. C’était beaucoup moins confortable pour moi que d’asséner et défendre des règles comme je l’avais toujours fait… mais comme dit un certain auteur, « être heureux n’est pas nécessairement confortable ».

Vaste sujet que je ne fais qu’esquisser ici… mais voilà un peu pourquoi vous m’entendrez rarement associer d’intention particulière à un chant pour tous. Si ce n’est quelque chose comme bienvenue à tout le monde, avec chacun ses envies et ses limites (limites de tolérance ou de compétence), chantons ensemble et on verra bien jusqu’où et comment on arrive à s’accorder ce jour-là !

* Visuel par Julien Montet <3